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Mercredi 18 avril 2012 3 18 /04 /Avr /2012 09:48

 

Pessoa par almada negreiros

 

Je vous ai déjà présenté 3 poèmes ésotériques ( Fernando Pessoa: 3 poèmes ésotériques ) et, comme promis, je vous propose maintenant 3 Odes publiées par Pessoa sous l’hétéronyme Ricardo Reis: c’est par ce personnage que Pessoa se fait le chantre d’une certaine philosophie du paganisme.

Pour cet article j'ai utilisé l'ouvrage "PESSOA OEUVRES POETIQUES" de la Bibliothèque de la Pléiade

 

Odes. Livre premier

(Odes publiées dans la revue « Athena »)

 

                        I

 

Stylite inébranlable sur la ferme colonne 

            Des vers où je demeure,

Je ne crains pas le futur innombrable flux

            Des temps et de l’oubli :

En effet quand l’esprit, fixe, contemple en lui

            Les reflets de ce monde,

Il devient leur matrice, et dans l’art va le monde

            Créant, lequel ne le dément.

Dedans la pierre ainsi l’instant extérieur grave

            Son être, en elle perdurant.

 

 

 

                        II

 

Les roses des jardins d’Adonis, je les aime.

Lydia, j’aime ces roses, ces volucres,

            Car en ce jour où elles naissent,

            Pendant ce même jour trépassent.

Pour elles la lumière est éternelle, puisque

Bien après le soleil elles naissent, et finissent

            Avant qu’Apollon ait quitté

            Son visible parcours.

A leur instar faisons de notre vie un jour,

Dans l’inscience, Lydia, cette fois volontaire,

            Qu’il fait nuit avant et après Pessoa Photo

            Le peu que nous durons.

 

 

Odes éparses

 

La seule vision de fleurs à perte de vue

Dans les larges allées des parterres exacts

            Suffit à nous permettre

            De trouver légère la vie.

 

De tout effort sachons, par quelque jeu, garder

Impassibles nos mains qu’il ne puisse au poignet

            Nous prendre pour nous entrainer.

            Et vivons de la sorte,

 

Ne recherchant jamais qu’un rien de plaisir ou douleur,

A petits traits buvant les instants de fraicheur,

            Translucides comme l’eau

            En des coupes ciselées,

 

De la vie blême retenant à peine

Les roses brèves, les sourires vagues,

            Les caresses rapides

            Des instables instants.

 

Or si peu tant soit peu pèsera sur les bras

Que nous aurons, exilés des suprêmes lumières,

            Pour choisir dans ce que nous fûmes

            Le meilleur pour nous souvenir,

 

Dès lors que nous irons, abolis par les Parques,

Vagues formes solennelles subitement surannées,

            Et de plus en plus ombres,

            Au rendez-vous fatal,

 

La ténébreuse barque sur le fleuve lugubre,

Les neuf enlacements de la stygienne horreur,

            Et l’étreinte insatiable

            De la patrie de Pluton.

Par antonio - Publié dans : POESIE - Communauté : Esotérisme et Spiritualité
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