Partager l'article ! Fernando Pessoa : 3 Odes de Ricardo Reis.: Je vous ai déjà présenté 3 poèmes ésotériques ( Fe ...
Je vous ai déjà présenté 3 poèmes ésotériques ( Fernando Pessoa: 3 poèmes ésotériques ) et, comme promis, je vous propose maintenant 3 Odes publiées par Pessoa sous l’hétéronyme Ricardo Reis: c’est par ce personnage que Pessoa se fait le chantre d’une certaine philosophie du paganisme.
Pour cet article j'ai utilisé l'ouvrage "PESSOA OEUVRES POETIQUES" de la Bibliothèque de la Pléiade
Odes. Livre premier
(Odes publiées dans la revue « Athena »)
I
Stylite inébranlable sur la ferme colonne
Des vers où je demeure,
Je ne crains pas le futur innombrable flux
Des temps et de l’oubli :
En effet quand l’esprit, fixe, contemple en lui
Les reflets de ce monde,
Il devient leur matrice, et dans l’art va le monde
Créant, lequel ne le dément.
Dedans la pierre ainsi l’instant extérieur grave
Son être, en elle perdurant.
II
Les roses des jardins d’Adonis, je les aime.
Lydia, j’aime ces roses, ces volucres,
Car en ce jour où elles naissent,
Pendant ce même jour trépassent.
Pour elles la lumière est éternelle, puisque
Bien après le soleil elles naissent, et finissent
Avant qu’Apollon ait quitté
Son visible parcours.
A leur instar faisons de notre vie un jour,
Dans l’inscience, Lydia, cette fois volontaire,
Qu’il fait nuit avant et après
Le peu que nous durons.
Odes éparses
La seule vision de fleurs à perte de vue
Dans les larges allées des parterres exacts
Suffit à nous permettre
De trouver légère la vie.
De tout effort sachons, par quelque jeu, garder
Impassibles nos mains qu’il ne puisse au poignet
Nous prendre pour nous entrainer.
Et vivons de la sorte,
Ne recherchant jamais qu’un rien de plaisir ou douleur,
A petits traits buvant les instants de fraicheur,
Translucides comme l’eau
En des coupes ciselées,
De la vie blême retenant à peine
Les roses brèves, les sourires vagues,
Les caresses rapides
Des instables instants.
Or si peu tant soit peu pèsera sur les bras
Que nous aurons, exilés des suprêmes lumières,
Pour choisir dans ce que nous fûmes
Le meilleur pour nous souvenir,
Dès lors que nous irons, abolis par les Parques,
Vagues formes solennelles subitement surannées,
Et de plus en plus ombres,
Au rendez-vous fatal,
La ténébreuse barque sur le fleuve lugubre,
Les neuf enlacements de la stygienne horreur,
Et l’étreinte insatiable
De la patrie de Pluton.
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